LE GRANIT D'ASSOUAN


Création le 21 décembre 2018

Qui a fait les obélisques ? Où cela a-t-il été possible ? Avec quels moyens du bord ?

La réponse est donnée par Michel Minor, spécialiste des carrières et des transports de colis lourds dans son livre : « Les carrières de granite rouge d’Assouan, de l’extraction à la finition des obélisques ».

Mais tout d’abord, qui est Michel Minor ? Juriste de formation, puis gestionnaire d'entreprises, Michel Minor a mené des missions d'expertise et de conseil dans des carrières de granite, de marbre et de schiste. Granit ou granite ? (La graphie granit est celle de la langue courante ; la langue technique de la géologie retient la graphie granite). Il est aussi un fin connaisseur des Phéniciens en Bretagne.

Son travail l'a fait beaucoup voyager : Norvège, Thaïlande, Portugal, Kenya... Ses connaissances en matière d'exploitation de carrière sont encyclopédiques.



Un de ses derniers travaux d’expertise est le transport d’un gros bloc de la carrière du Tarn dans les jardins du Musée d’Histoire Naturelle de Londres. Ce monument a été inauguré par le Prince Charles.

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La ville d’Assouan, située à 900 km au sud du Caire est connue pour l’énorme barrage construit entre 1960 et 1970 pour réguler les crues du Nil. Depuis l’époque pharaonique, des carrières de granite rouge ont été exploitées pour la réalisation de nombreux temples et obélisques. À l’époque romaine, ce granite a été exporté, comme au Liban pour les colonnes des temples de Baalbeck. Assouan s’appelait alors « Syena ».

Gravure de Giuseppe Vasi - 1752
Des 60 obélisques connus, le plus grand est celui de Saint Jean de Latran ; il pèse 350 tonnes et a été érigé à Karnak. L'obélisque est couvert de hiéroglyphes : on voit, sur les colonnes centrales des quatre faces, le roi Thoutmôsis III recevant la bénédiction d'Amon-Rê ou Amon-Aton, et aussi déposant des offrandes aux dieux. Son petit-fils Thoutmôsis IV a ajouté les colonnes latérales qui content l'embellissement du temple par ce roi, et aussi les travaux des artisans sur l'obélisque, qui ne durèrent pas moins de trente-cinq ans. Il a été acheminé à Rome en l’an 357.


L’obélisque de Louqsor à Paris pèse 230 tonnes et mesure 23 mètres de haut. Son piédestal est réalisé en cinq blocs de granite rose issus des carrières de l'Aber-Ildut, en Bretagne. Il a été conçu dans le cadre du réaménagement général de la place de la Concorde par Jacques Ignace Hittorff. Deux de ses faces montrent le prélèvement, le transport et le remontage de l'Obélisque, les deux autres portent une inscription rappelant le patronage du projet par Louis Philippe et faisant allusion à l'engagement égyptien de la France depuis Napoléon Ier.

Le transport et l'érection initiale de cet obélisque seront évoqués dans un prochain article.

C'est Méhémet Ali, vice-roi d'Égypte, en signe de bonne entente qui, avec l'accord du baron Taylor puis de Jean-François Champollion, offre à Charles X et la France au début de 1830 les deux obélisques érigés devant le temple de Louxor, mais seul celui de droite (en regardant le temple) a été transporté vers la France.

En échange de l'obélisque, Louis-Philippe Ier offre en 1845 une horloge en cuivre qui orne aujourd'hui la citadelle du Caire, mais qui, pour l'anecdote, ne fonctionna jamais, du moins aux dires des Cairotes, ayant été probablement endommagée lors de la livraison.

 


L’étude d’un obélisque inachevé permet de bien connaître la méthode  d'extraction. Il faut d'abord se méfier des fissures diverses, qui ne sont pas propices à la suite des travaux :


Quand le bloc est supposé d'un seul tenant, on creuse de part et d'autre des tranchées dans le granite :



Ensuite vient la partie la plus délicate des travaux :



On en profite pour faire le polissage des quatre faces. L'émeri est l'abrasif de l'époque pharaonique. Il a été extrait depuis l'antiquité au cap Émery, dans l'archipel des Cyclades.


Les qualités abrasives de l'émeri dépendent du pourcentage de corindon de dureté 9 dans l'échelle de Mohs, bien supérieure à la dureté du granite. Le minerai est broyé, puis chauffé pendant 2 jours, et refroidi brusquement en y versant de l'eau. On termine par un broyage mécanique pour obtenir des micrograins.


Le travail de polissage se fait en utilisant des micrograins de finesse croissante, après un nettoyage soigné pour éviter des rayures. Malgré tous les soins apportés, les égyptologues ont trouvé une planéité irrégulière sur les obélisques polis avant et sous le règne de la reine Hatchepsout.

Par la suite, une centaine d'années plus tard, le Pharaon Ramsès II a fait réaliser le plus grand nombre d'obélisques, dont l'un d'entre eux se trouve donc à Paris. La qualité de sa gravure est exceptionnelle. A-t-on aussi utilisé du fer, qui avait été découvert par les Hittites ? Mais ce fer était-il suffisamment dur pour travailler le granite ?

Le livre se termine par la liste des obélisques datés, localisés aussi bien en Égypte qu'à l'étranger, avec leur longueur et leur poids.

Le plus lourd est resté en carrière, avec un poids de 1 168 tonnes !