El Watan du 22 décembre 2012
Modification 2 : le 15 avril 2013 - traductions arabes
Traiter de l'Islam en
un français de qualité est une marque de respect que, nous l'espérons, les
Musulmans qui pratiquent notre langue apprécieront. Pour préciser certains mots
- mais Bernard Dorin parle aussi l'arabe - notre équipe leur a adjoint leur
écriture originelle arabe.
Voici donc le texte de la conférence sur l’Islam, que Bernard
Dorin a faite en octobre 2012 pour l’Association ARRI ( Réalités et Relations
Internationales ). Bernard Dorin est Ambassadeur de France, Conseiller d'État honoraire et membre de l'Académie des Sciences d'Outre-mer.
********************************
Il est très difficile - et très hasardeux - de parler de
l'Islam. Dans ce domaine, il faut essayer d'être impartial, et éviter la critique caricaturale. C'est ce que
je vais m'efforcer de faire dans une matière particulièrement délicate. Il y a
des quantités de domaines que je ne pourrai aborder que superficiellement et en
forçant le trait pour être mieux compris.
Enfin, je crois que pour parler d'une religion, il faut
appartenir à cette religion, car on la sent à l'intérieur de soi. Or, je vais
vous avouer une chose : je ne suis pas musulman. Donc je parlerai de l'Islam en
quelque sorte sous le contrôle de ceux qui le connaissent mieux que moi, ou qui
sont musulmans.
Il y a trois bonnes raisons de parler de l'Islam :
- Il y a un milliard trois cent millions de musulmans
aujourd'hui dans le monde ;
- Cette religion fait des quantités de convertis ;
- C'est la seule religion au monde qui fait des adeptes
en grand nombre ; elle sera la religion la plus importante du monde dans
quelques décennies.
D'autre part l'Islam est appelé la "religion des
déserts" parce qu'elle couvre les déserts du tropique du Capricorne. Elle
évite le continent américain et elle prend les trois vieux
continents : Europe Asie,
Afrique en écharpe et dans les plus grands déserts du monde : le Sahara,
le désert du centre de l'Arabie « Rub al khali » qui est le plus désertique au
monde, puis le désert de Syrie « badiet ben cram » puis les déserts
d'Iran « Dashti Lour » et « Dashti Kebir», le désert de sable,
jusqu'au désert d'Asie Centrale et au désert du Thar qui est aux frontières du
Pakistan et de l'Inde. Mais l'Islam s'étend maintenant jusqu'en Indonésie, le
pays où il y a le plus de musulmans au monde et jusqu'au sud des Philippines
dans l'île de Mindanao. Donc un domaine d'extension de l'Atlantique marocain et
mauritanien jusqu'à l'Océan Pacifique.
La troisième raison pour laquelle il est important d'en
parler, c'est que les musulmans sont non seulement nos voisins - comme ils
l'ont été depuis des siècles - mais ils sont aussi venus jusqu'en Europe.
Aujourd'hui, il y a en France entre cinq et sept millions de musulmans. Il y en
a quatre à cinq millions en Allemagne, probablement trois millions en
Angleterre, deux à trois millions dans le reste de l'Europe, sans compter les
douze millions de musulmans qui ne sont pas des immigrés mais des habitants de
souche en Albanie, au Kosovo, en Bosnie Herzégovine. Il s'agit là de musulmans d'origine
ancienne, provenant essentiellement de la conquête turque.
Pour la commodité des choses, j'ai divisé cette
conférence en neuf tableaux, en quelque sorte des « fenêtres de
compréhension » : on ouvre une fenêtre et on visionne quelque chose. Je
crois que c'est ainsi qu'on peu le mieux appréhender cette religion.
PREMIER TABLEAU : L'ARABIE AVANT MAHOMET
La majeure partie des habitants de l'Arabie adorait des
idoles, mais il y avait aussi des colonies juives et des colonies chrétiennes.
Mahomet pourra donc discuter avec des moines chrétiens et des rabbins juifs
lors de ses pérégrinations dans la péninsule arabique.
Je voudrais insister sur le rôle de la Mecque, qui a été
considérable pour deux raisons :
- Elle était un emporium de marchandises à redistribuer
ailleurs dans le Moyen Orient. C'est ainsi qu'y transitaient des caravanes
d'esclaves et d'ivoire venues d'Afrique ;
des bateaux qui passaient par l'Oman et importaient la soie et le thé de
l’Asie. A partir de la Mecque, la redistribution se faisait vers Damas et vers
l'embouchure de l'Euphrate.
- La Mecque abritait des idoles et était le principal
pèlerinage idolâtre de toute l'Arabie.
DEUXIÈME TABLEAU : MAHOMET
Il y a un proverbe arabe qui dit : Mahomet est un
mortel, mais c’est un joyau entre les cailloux. Evidemment, il n'y a aucune
divinisation de Mahomet, il est simplement le dernier et le plus grand des
prophètes.
Mahomet nait en 570, dans une famille modeste du clan
Beni Hachem de la tribu Koreich. Il va être orphelin à neuf ans. Son père
Abdullah meurt et sa mère Amina meurt également. Il sera confié à son
grand-père maternel qui meurt aussi, et finalement à dix ans, il est confié à
son oncle AbouTaleb « le père de l’étudiant ». C'est un petit berger sans histoire qui
va garder les moutons et les chèvres, mais à vingt ans il a la chance d'être
remarqué par Khadidja, la principale régente de caravanes de la Mecque. Elle
l'embauche comme caravanier (Al Amin).
Dans le désert, le caravanier est quelqu'un de très
important, parce qu'il est responsable non seulement d'une cargaison souvent
précieuse, mais surtout de la vie de tous ceux qui l'accompagnent, car dans les
déserts, on peut se tromper de chemin et mourir de soif à des centaines de
kilomètres du but. Khadidja, qui est plus âgée que Mahomet, lui met sur les
épaules une sorte de burnous en laine brune et lui dit :
- je te revêts de ma confiance.
Mahomet va ainsi parcourir le pays et rencontrer ces
moines chrétiens avec qui il discute de la Bible, qui devient donc l’une des
sources majeures de l'Islam.
À vingt-cinq ans, il épouse Khadidja. Il lui sera
constamment fidèle, par reconnaissance de lui avoir donné ce point de départ
dans la vie. Cependant vers la quarantaine, il est pris d'un désir de
recueillement et il fait une sorte de retraite dans une des grottes du mont
Hira près de la Mecque. Dans cette retraite, il pense à sa destinée, quand un
beau jour, il voit arriver un être mystérieux, lumineux, qui est l'ange Gabriel
( جيريل Jibril ), qui lui tend un manuscrit en arabe et lui dit :
- lis.
Mahomet répond :
- je ne lis pas.
En effet, il n'a pas fait d'études. A nouveau, l'Ange
lui tend le manuscrit et lui redit :
- lis.
Il répond :
- je ne lis pas.
Alors l'ange réplique :
- si tu ne lis pas, écoute ce que je vais te dire au nom
du Seigneur ton Dieu.
C'est à partir de ce moment-là que Mahomet écoutera
l'Archange qui va lui apporter directement d'en haut la parole de Dieu. Quand
il revient le soir chez lui, il redit à son entourage, avec une mémoire assez
extraordinaire, l'ensemble des paroles de l'Archange Gabriel.
Ses premiers disciples sont sa femme, ses quatre filles
- il a perdu deux fils en bas âge - son oncle Abou Taleb, Osman, et Ali qui va
plus tard épouser Fatima, sa fille préférée. Tous ceux-là écrivent sur des
morceaux de parchemin, quelquefois sur des épaules de mouton, et vous verrez la
beauté poétique du Coran.
Mahomet est inspiré par ce qu'il a vu au cours de sa vie
de caravanier mais il a en plus la révélation d'un Dieu unique, ce qui signifie
pour lui la nécessité absolue de détruire les idoles.
Bien entendu cet objectif lui vaudra l'hostilité des
grands seigneurs de la Mecque, qui vivent essentiellement du pèlerinage des
idolâtres, et qui ne peuvent pas admettre qu'on sacrifie une pratique qui
rapporte beaucoup d’argent.
Mahomet va même jusqu'à penser qu'on va le tuer et
certains de ses disciples partent même jusqu'en Ethiopie. Finalement, après
quelques prêches, il décide de partir et d'aller à Yatrib, ville rivale au
nord-ouest de la Mecque, avec le reste de ses disciples - environ cent
cinquante - : c'est «l'Hégire», le
22 septembre 622 de notre
calendrier, et c'est à partir de l'Hégire que va commencer l'ère musulmane.
Yatrib va être débaptisée et s'appellera désormais la ville du Prophète
مدينة النبي ( Medinat an Nabi ), dont on a fait Médine.
Alors Mahomet change complètement de fonction. Il va
être obligé de prendre en mains les Mohadjars (gens venus de la Mecque) et les Ansars, les gens de Yatrib, qui
acceptent tout de suite cette nouvelle religion, par hostilité à la Mecque. Il
va être à la fois un Prophète, un gouverneur et un chef de guerre, car pour
faire triompher sa foi, il va se battre, piller les caravanes des Mecquois qui
se rendent en particulier à Damas. La première bataille est la bataille d'El
Badr, qui est une victoire des musulmans. L'année suivante, en 625, les
musulmans subissent un échec à la bataille d'Ohod, mais en 627 ils sont
vainqueurs à ce que l'on a appelé la "bataille du fossé". C'est un
Persan, spécialiste de la polyorcétique (art des fortifications), qui vient à leur aide :
- il faut que vous creusiez un fossé autour de votre
ville pour éviter d'être envahis.
C'est ce
qu'ils font : les cavaliers mecquois sont complètement décontenancés, et s'en
vont après un simulacre de siège. A partir de ce moment, la nouvelle religion
s'étend comme une trainée de poudre. En 628, Mahomet fait un voyage solennel
jusqu'à la Kaaba de la Mecque et en 630, la Mecque capitule et accepte la
destruction des idoles. À la fin de sa vie, le Prophète dira :
- Ce que j'ai le plus aimé dans la vie, ce sont les
femmes les parfums et la prière.
En 632, il est dans les bras de sa femme préférée,
Aïcha, quand il meurt les bras en croix, la face contre terre.
Alors commence une grande geste musulmane sur une partie
du monde. L'ensemble de la péninsule arabique est passée à l'Islam. Va alors se
poser le problème des Califes. Qui va pouvoir succéder à Mahomet ? Au début, ce
n'est pas très difficile, Abou Bakr devient le premier Calife, Le second sera Omar (Le Calife Conquérant ), un personnage de légende. Le troisième Calife
sera Osman, et le quatrième Calife sera Ali, qui a épousé la fille du Prophète,
Fatima. Ces quatre premiers Califes sont acceptés par tous les musulmans, ce
sont les Califes « rachidoun », c'est à dire légitimes. C'est à
partir de l’assassinat d'Ali que les difficultés vont commencer.
TABLEAU 3 : L'EXPANSION DE L'ISLAM À TRAVERS LE
MONDE
D'abord il y a une conjonction entre la valeur des
conquérants arabes - ce sont des cavaliers extraordinaires - et leur nouvelle foi,
ce qui fait qu'ils vont se montrer étonnamment invincibles, puisque, trois ans
après la mort du Prophète, ils atteignent et prennent la ville byzantine de
Damas.
En 642, ils se retournent contre la Perse et ils
écrasent le vieil empire sassanide dans une bataille appelée Oum Maârik (mère des batailles) أم المعارك Ils vont occuper toute la Perse, l'Afghanistan, la
Bactriane (Asie centrale), et comme Alexandre le Grand, ils vont aller
jusqu'à l'Indus. Il y aura même plus tard un Sultanat de Delhi.
Ils vont également aller vers l'Ouest en se rendant
maîtres de l'Egypte en 642, et après avoir été jusqu'à la deuxième cataracte,
ils suivront la côte de la Méditerranée, occuperont la Cyrénaïque, la
Tripolitaine, la Tunisie, où Sidi Okba fondera la place forte de Kairouan, d'où
ils vont conquérir l'ensemble de l'Ifriquiya, Mauritanie comprise. En 711, le
chef berbère Tarek va traverser le détroit de Gibraltar auquel on donnera son
nom جبل طارق (Djebel Tarek) et écrasera le royaume wisigothique d'Espagne. Les
musulmans traverseront alors les Pyrénées et iront en Septimanie (la région de
Montpellier), pousseront des incursions jusqu'en Savoie et en Bourgogne et
seront arrêtés à Poitiers en 732 par les Francs de Charles Martel.
Les deux autres expansions, plus récentes, sont d’abord
l'expansion ottomane. À partir de 1453 - date de la prise de Constantinople - après avoir vaincu le royaume de
Serbie à la bataille du Champ des
Merles - les Ottomans détruiront
le royaume de Bosnie et poursuivront en Hongrie au siècle suivant, seront
vainqueurs à la bataille de Mohaks et occuperont pratiquement l’ensemble des
Balkans. Cette épopée aura ses limites puisque les Ottomans assiègeront en vain
deux fois Vienne au début du XVIème siècle et à la fin du XVIIème siècle.
Vienne sera finalement sauvée par Jean Sobieski. A partir de 1699, par le
traité de Carlowitz qui sera suivi par celui de Massarovitz, la Turquie va reculer, sur terre, et sur mer
suite à la défaite de Lépante et mettra fin au danger qu'elle présente pour
l'Europe, et cela malgré l’alliance du roi de France François 1er avec le
Sultan Solliman le Magnifique.
Ensuite la domination musulmane s'étend sur l'Inde avec
les quatre premiers grands Mogols : Babar, Akbar, Shah Djahan et Aurengzeb - ce
dernier très hostile aux hindouistes - et cela incite beaucoup d'intouchables à
se convertir à l'Islam qui est une religion égalitaire et qui ne reconnaît pas
le système des castes. Ce pouvoir des grands Mogols durera jusqu'à ce que la
reine Victoria prenne le trône d'Impératrice des Indes à l'instigation de
Disraeli.
L'Islam
pacifique va enfin se répandre avec les marchands et les prédicateurs, en
Afrique presque jusqu'au golfe du Bénin, et en Asie, dans la basse vallée du
Gange et du Bramapoutre ( actuellement Bangladesh ) ainsi qu’en Indonésie, sans
guerre, mais sous l'influence des marchands.
TABLEAU 4 - LES SOURCES : LE CORAN ET LA SOUNNA
Le Coran est difficile à lire. Je vous conseille de le
lire dans la traduction de Blachère que je trouve la meilleure, bien que les
exégètes estiment qu'elle s'écarte quelquefois des textes sacrés. En effet, il
n'y a aucune logique dans sa construction. À l'exception de la sourate
initiale, toutes les autres sont classées, non par ordre logique, mais par
ordre de grandeur, les plus grandes au début et la plus petite sourate à la
fin. Elles ont des noms assez
curieux : la sourate n° 2 s'appelle la "Vache" (
سورة البقرة Sourate el Baqarah ), la troisième "la famille d’Amran", la quatrième sourate "les femmes" (le Coran dit à peu près ceci : « les femmes sont vos champs, c'est à vous de les labourer ! »). La 19ème, c'est la Vierge Marie (Myriam).
سورة البقرة Sourate el Baqarah ), la troisième "la famille d’Amran", la quatrième sourate "les femmes" (le Coran dit à peu près ceci : « les femmes sont vos champs, c'est à vous de les labourer ! »). La 19ème, c'est la Vierge Marie (Myriam).
Ces sourates sont écrites dans une langue très poétique.
Par exemple la n° 100 parle des « chevaux de bataille », et commence
ainsi : "Par les chevaux de bataille haletants qui font jaillir de leurs
sabots des étincelles …" Et la sourate 101 : "Au jour du malheur (on dit
aussi au jour du Jugement) le vent furieux dispersera les humains comme des
papillons dans la tempête et les montagnes flotteront dans l'air comme de petits
flocons de laine bleue". Mais j'en arrive à la sourate principale :
la sourate 112 qui parle de l'essence de Dieu : Son unicité et Sa toute
puissance. « Dieu n'a pas engendré et n'a pas été engendré ». Il y a
une autre sourate, très belle, qui dit : « Chaque homme a une petite plage
dans le ciel vers laquelle il se tourne en priant. »
Pour les musulmans, le Coran est « incréé »,
il n'a pas été créé de main d'homme mais collationné plusieurs dizaines
d'années après la mort du Prophète. Il va "descendre" directement du
Ciel sur la terre, et on ne peut pas y changer ne serait-ce qu'une virgule, (d'autant plus que la langue arabe ne comporte pas de virgules). Mais à côté de
la parole de Dieu, il y a la Sounna - la Tradition - . qui comporte deux
parties : les Hadith et la Sira. Les Hadith sont les dits de Mahomet, mais ne
sont pas considérés comme la parole de Dieu ; ce sont ses réflexions
personnelles. « sounna an nabi ». Enfin السيرة la Sîra est simplement la
biographie de Mahomet. Il y en a six recueils chez les sunnites et seulement
trois chez les Chiites - ne me demandez pas pourquoi. Ces sources secondaires
de l'Islam n'ont pas la valeur sacrée des textes du Coran mais servent quelques
fois à l'illustrer.
TABLEAU 5 : LES CINQ PILIERS DE L'ISLAM
Si, avec la volonté d'être musulman, vous respectez ces
cinq piliers, vous êtes un bon musulman.
Le premier pilier est la profession de foi, la chahada c'est « لا ٳله ٳلاالله
الله
رسول
محمد
La illah il Allah, Mohammed rassoul Allah » : Il n' a de Dieu que Dieu et Mahomet est son prophète. Personnellement je peux répéter cinquante fois la profession de foi, mais comme je n'ai pas la volonté d'être musulman, je ne serai pas musulman.
En second lieu, la prière al salat, soit cinq prières
journalières, à l'aube, à midi, au milieu de l'après-midi, au coucher du
soleil, et au début de la nuit. Le croyant pratique des ablutions avant de
faire la prière, même avec du sable quand on est privé d'eau, comme dans le
désert. Normalement on fait les ablutions dans les bassins qui se trouvent dans
la cour des mosquées. Ce sont des rites de purification, et on relève la tête
en disant : « Gloire à Toi, le Tout puissant et le Miséricordieux ».
Ces prières sont rappelées par le muezzin du haut du minaret de la mosquée.
Le troisième pilier est le jeûne, ou رمضان ramadhan. Il survient
le neuvième mois lunaire, si bien qu’il se déplace tout au long de l’année
solaire ; le ramadhan est une sorte d'ascèse, c'est dire que, du lever au
coucher du soleil, il y a un certain nombre d’interdictions : on ne peut ni
manger, ni boire, ni se parfumer, ni avoir des rapports sexuels. mais à la fin
du jeûne journalier, une fois le soleil couché,on mange la soupe et pendant la
nuit, tout est permis ; ce rite perdure pendant le mois lunaire entier.
Quatrième pilier : l’aumône, la Zekkat. C'est une sorte
de sécurité sociale, mais qui n'est pas quantifiée : on donne selon son
bon cœur, mais ceux qui sont riches ont l’obligation de donner aux pauvres.
Mahomet dit dans une Hadith : Dieu prive de son appui les sociétés où les gens
auront faim. Cela montre sa préoccupation de nourrir les populations dans les
zones désertiques où les gens manquent de nourriture.
Cinquième pilier : le الحج « Al Hadj », le pèlerinage
qui se fait dans les lieux saints de l'Islam que tout le monde reconnait : La
Mecque, Médine et le mont Hira où Mahomet a reçu la parole de Dieu par
l'intermédiaire de l'Archange Gabriel. Ce pèlerinage est également ouvert aux
femmes et il permet à la Mecque d'avoir chaque année des centaines de milliers
de pèlerins. Autrefois personne ne pouvait voir cet événement s'il n'était pas
musulman. Aujourd'hui il y a des reportages cinématographiques tout à fait
complets.
On fait plusieurs fois le tour de la Kaaba, on touche la pierre noire qui est censée absorber toutes les fautes des hommes. Ce pèlerinage est complexe et peut durer plus d'une semaine, mais est extensible suivant les possibilité des pèlerins. Il est obligatoire seulement si la personne a les moyens financiers pour l'entreprendre. Celui au a fait le pèlerinage peut ajouter à son nom Hadji (le pèlerin).
On fait plusieurs fois le tour de la Kaaba, on touche la pierre noire qui est censée absorber toutes les fautes des hommes. Ce pèlerinage est complexe et peut durer plus d'une semaine, mais est extensible suivant les possibilité des pèlerins. Il est obligatoire seulement si la personne a les moyens financiers pour l'entreprendre. Celui au a fait le pèlerinage peut ajouter à son nom Hadji (le pèlerin).
Donc la pratique des cinq piliers de l'Islam est assez
simple mais contraignante. On n'y voit aucune notion du péché, en particulier
de péché sexuel. Il y a certes la notion du bien et du mal, mais cette notion
n'est pas associée à une faute particulière.
TABLEAU 6 : LES GRANDS TRAITS DE L’ISLAM
• Le premier principe est l'Unicité de Dieu : الله واحد Allah Wahad : Dieu est un. Il n'a pas été engendré, il n'a pas engendré. Pour cela,
les musulmans se considèrent à l'instar des juifs comme les seuls monothéistes.
Dans mes conversations avec des musulmans, ceux-ci me disaient toujours : vous
êtes les adorateurs de trois Dieux : le Père, le Fils et le Saint Esprit. Dans
la théologie chrétienne, c'est un seul Dieu en trois personnes. Les musulmans
disent : « ou il y en a un, ou il y en a trois, mais il ne peut pas y
avoir un dans trois ». L'unicité de Dieu est fondamentale, d'où le
comportement des musulmans à l’égard des hindouistes qui ont une profusion de
dieux, quelquefois dit-on plusieurs milliers. Pour un musulman, c'est quelque
chose d'abominable !
• Le deuxième principe est la grandeur de Dieu : ٲكبر الله Allah Akbar (Dieu est le plus grand). Il est certes miséricordieux, mais
tout-puissant.
• Le troisième principe est l'universalité de Dieu. Dieu
est partout. Quand on va faire un acte juridique ou procéder à une cérémonie
quelconque, on dira " Au nom de Dieu, puissant et miséricordieux" Bismiallah
arrahmane rahim
On dira également « ٳنشاءالله Inch Allah » : j'irai
demain si Dieu le veut غدا نمشي nemchi radda inch’Allah … Dans l'action de commencer
quelque chose, on dira : « I allah ». J'ai vu des gens dans les souks répondre à des mendiants qui
leur tendaient la main « Allah
i gib » Dieu te le donnera (pour éviter, eux, de leur donner quoi que ce
soit). En arabe marocain, on dit فيك الله بارك Barakallah oufik (La bénédiction de Dieu sur
toi . Cela veut dire seulement merci. Et un homme qui n'avait plus rien dans
ses poches a dit simplement « Allah ». Dieu est donc partout.
• Le quatrième principe est le conflit qui existe
constamment entre le progrès et la tradition en Islam. Le progrès a été
quelquefois célébré, et le mot ichtihad veut dire l'adaptation. Il y a de
nombreux musulmans qui défendent l'ichtihad, l'adaptation au monde moderne. La
« nouvelle ichtihad » c'est le progrès. Mais le retour au passé est
souvent le plus fort. Il est prôné par une secte les « wahabites »
qui sont des sunnites ; c’est aujourd'hui la pratique religieuse de
l'Arabie Séoudite, en fait le retour à la croyance primitive, c'est à dire à la
lettre du Coran.
Ensuite l'importance des Lieux Saints : La Mecque,
Médine, mais aussi Jérusalem, car la première « kibla », c'est à dire
le lieu où se tournent où les musulmans pour prier, était d’abord Jérusalem qui
a été remplacée par la Mecque. C’est là une volonté de sanctifier certains
lieux. Il y a aussi des pèlerinages chiites dans des villes comme Kerbela et
Medjef en bas Irak et comme Qom et Meched qui se trouvent en Iran.
Il y a aussi une unité doctrinale de l'Islam, malgré les
divergences, dans la mesure où c'est le même Coran pour tout le monde. C'est
d’ailleurs ce qui fait le miracle du Coran : comment se fait-il que des gens se soient accordés pour
vénérer un texte qui est exactement le même quels que soient le temps, la
région, ou la race ?
Et enfin la confusion entre le profane et le sacré,
entre la mystique et le gouvernement
des hommes. Mahomet donne lui-même l'exemple de cela puisque, dans sa
période de Médine, il prend le commandement de l'armée, il gouverne et en même
temps il est prophète ; il n'y a pas dans le Coran cette phrase du Christ qui
dit : « Rends à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à
Dieu ». Pour l'Islam il y a accord complet entre le divin et le profane.
Pour le Maroc, on peut estimer que c'est encore le cas, le roi du Maroc étant
en même temps le chef spirituel et le chef temporel, et c'est aussi le cas en
Iran avec le « grand ayatollah ». Ce mélange est constant.
TABLEAU 7 : LES FRACTURES DANS L’ISLAM
Comment l'Islam a pu se fracturer en sunnites, en
chiites, en kharedjiites ? Ce qui est très curieux, c'est que l'Islam ne
s'est pas cassé sur des bases théologiques alors que pour le christianisme, les
divergences ont porté par exemple sur la nature du Christ. Pour l'Islam, toutes
les fractures sont dues à la succession du Prophète, c'est à dire à la
succession califale, le Calife (Khalifa) étant l’adjoint, le successeur du
Prophète.
Les sunnites, ceux qui acceptent la sounna, la
tradition. Les deux premières dynasties musulmanes sont sunnites, la dynastie
omeyyade et la dynastie abbasside. Les sunnites représentent 90% des musulmans.
Les sunnites n'ont pas de clergé contrairement aux chiites. Leurs officiants
peuvent prendre la parole du haut de la chaire (minbar). Le Calife doit-il
être recherché dans la famille korechiite ? si possible, mais pas forcément
parmi les descendants du Prophète ( de son gendre Ali et de sa fille Fatima ).
Quant au chiisme, il représente 9% des musulmans. Le
chiisme principal est duodécimat, parce que le douzième imam est entré dans un
souterrain à Samarkand et il en sortira le jour du Jugement pour annoncer la
fin des temps, c'est pour cela qu'on parle du douzième imam ou de l'imam caché.
Mais le chiisme comporte plusieurs branches :
- Les zaïdites qui ne se trouvent qu'au Yemen et en Arabie
Saoudite. Ils ont quitté la branche des duodécimains au VIII ème siècle.
- Les ismaéliens. Alors que les zaidites reconnaissent 5
imams, les ismaéliens en reconnaissent 7.
Il se trouvent en Inde, au Pakistan, en Asie centrale et curieusement en
Afrique orientale. Ils ont donné deux autres branches, les Druzes et les
Alevis. Les Druzes sont surtout en Syrie et un peu en Israël, ils ont divergé
eu XI ème siècle et les Alevis se trouvent dans l'est de la Turquie et au
Kurdistan de Turquie et ils ont divergé au XII ème siècle.
- Les Alaouites qui sont considérés par les musulmans
comme des "mécréants" en dehors de l'Islam car ils ont déifié Mahomet
et Ali, d'où la haine que peuvent avoir les sunnites pour ces gens des
montagnes.
- Les Kharedjiites, qui représentent 1% de l'Islam, sont
les ultra démocrates de l'Islam, car ils disent que le Calife peut être choisi
dans n'importe quelle partie de l'oumma, même s’il s’agit d’un esclave, à
condition - bien sûr - qu'il en soit digne, mais ils ne vivent que dans le
sultanat d'Oman et dans les oasis du Mzab en Algérie.
TABLEAU 8 : LES RAISONS DES SUCCÈS ACTUELS DE
L’ISLAM
Les musulmans sont 1,3 milliards, mais dans l’avenir
seront beaucoup plus nombreux encore, à cause de l’essor de la démographie
africaine, mais aussi à cause des conversions massives. Pourquoi ce succès ?
Il y a à cela quatre raisons :
- La première : la simplicité : vous prononcez la
chahada avec la volonté d'entrer dans l’oumma et vous êtes musulman. Il n'y a
pas de pèlerinage à faire, de questionnements, de périodes probatoires.
- La seconde raison est la solidarité. Le fait
d'appartenir à l'Oumma donne un sentiment de confort, de fraternité, d'ailleurs
dans nos banlieues, les jeunes gens se disent frères, en se mettant la main sur
le cœur. Ils se sentent soutenus par l'oumma.
- La troisième raison est le sens de la suprématie.
Pourquoi ? Au XVIIIème siècle, les musulmans ont été vainqueurs partout. Sur
mer et sur terre, les musulmans ont toujours gagné avec "l'aide de
Dieu". Brusquement au XIXème et au XX ème siècle, il a inversion de cette bonne fortune, le
résultat est qu'en 1918, il n'y a plus aucun État proprement musulman
indépendant. Ils sont tous ou des colonies, ou des protectorats ou des mandat
de la SDN. C'est un écroulement total.
Donc ces Seigneurs sont devenus dans leur propre esprit des "valets". Dans le wahhabisme et dans le salafisme, la dérive peut être mise sur ce sentiment. Nous vivons dans un monde désacralisé, et la présence du sacré est encore dans la foule des musulmans. On le voit bien par exemple dans l'épisode des caricatures du Prophète. Le Prophète est sacré. La caricature du Pape, ne fait bouger personne, mais celle de Mahomet met la communauté musulmane en furie.
Donc ces Seigneurs sont devenus dans leur propre esprit des "valets". Dans le wahhabisme et dans le salafisme, la dérive peut être mise sur ce sentiment. Nous vivons dans un monde désacralisé, et la présence du sacré est encore dans la foule des musulmans. On le voit bien par exemple dans l'épisode des caricatures du Prophète. Le Prophète est sacré. La caricature du Pape, ne fait bouger personne, mais celle de Mahomet met la communauté musulmane en furie.
TABLEAU 9 : LA DÉRIVE DJIHADISTE
Il faut d'abord constater que le djihad, la "guerre
sainte" n'est pas dans les « cinq piliers de l'Islam », ni
d’ailleurs dans le Coran, où il n'y a pas référence à la guerre sainte.
Cependant les exégètes de l’Islam ont distingué deux djihads :
« djihad el shrir » et « djihad el kebir ». Le petit djihad
est la défense de la communauté. Si la communauté est attaquée, elle est en
droit de se défendre. Le grand djihad, quant à lui, est le combat qu'on mène
contre soi-même et contre ses tendances mauvaises pour parvenir au bien.
En tout cas il y a un verset d’une sourate du Coran qui affirme : « Il n'y a pas de contrainte en matière de religion » : un bon musulman ne doit pas agresser un juif ou un chrétien « gens du Livre », ou plus précisément ne doit pas l'obliger à adopter la foi musulmane. La proportion de djihadistes dans le monde musulman est très faible, c'est une toute petite minorité musulmane, mais cette petite minorité n’en est pas moins dangereuse pour autant.
En tout cas il y a un verset d’une sourate du Coran qui affirme : « Il n'y a pas de contrainte en matière de religion » : un bon musulman ne doit pas agresser un juif ou un chrétien « gens du Livre », ou plus précisément ne doit pas l'obliger à adopter la foi musulmane. La proportion de djihadistes dans le monde musulman est très faible, c'est une toute petite minorité musulmane, mais cette petite minorité n’en est pas moins dangereuse pour autant.
Il importe en tout cas de ne pas faire l’amalgame entre
musulman et terrorisme, comme ont tendance à le faire beaucoup de gens. Il y a
certes des terroristes musulmans, mais il y en a aussi d'autres qui ne sont pas
musulmans. Moins courante est la croyance que tous les Arabes sont musulmans et
que il n'y a de musulmans qu'Arabes. C'est tout à fait faux. Beaucoup d'Arabes
sont chrétiens, et les Arabes sont une minorité dans l'Islam ! les gros
contingents de l'Islam se trouvent en Asie du sud et du sud est.
Il y a enfin pour moi un vrai problème, celui du respect.
Nous nous devons de respecter aussi bien les musulmans que la religion
musulmane, mais en revanche nous sommes en droit d'exiger des musulmans le même
respect pour les croyances différentes de celles de l’Islam.
CONCLUSION
Il convient de revenir au sens même du mot
"Islam". On le traduit en général par le mot "soumission",
mais je préfère le traduire par l'expression : "don à Dieu",
Dans la mesure où le musulman se remet entre les mains de Dieu. On pourrait
croire que cela inclut le fatalisme quand le musulman dit "Mektoub" (c’était écrit). Le caïd marocain Chbihi a dit :
- Si vous marchez dans l'herbe et que vous mettez par
inadvertance le pied sur un serpent venimeux qui vous mord, nous allons dire,
nous musulmans, "Inch Allah", (que la volonté de Dieu soit faite).
Vous, vous allez pousser des cris, ameuter le ciel et la terre, et maudire le
destin, nous pas. Toutefois, nous n'allons pas mettre exprès le pied sur le
serpent pour qu'il nous morde, nous allons tenter de l'éviter, mais si malgré tout
nous sommes mordus, on accepte la volonté de Dieu.
Mais alors ce déterminisme n'est-il pas incompatible
avec le libre arbitre ? Les musulmans disent que Dieu détermine le destin
global de chaque humain lequel peut le modifier par ses actions, bonnes ou
mauvaises, avec la finalité d'aboutir au paradis ou à l'enfer.
En tout cas, cette « mise entre les mains de
Dieu », je l’ai trouvée dans l’un des recueils des hadiths :
"Seigneur, je suis le plus petit brin d'herbe du désert, qu'arrose la pluie de tes bienfaits, et je ne
sais plus que j'existe quand j'ai prononcé ton nom".
Avec l’aimable autorisation de Bernard Dorin.
Mosquée de Yazd - Iran (chiite)
Mosquée de Casablanca - Maroc (sunnite)



